Mes premiers pas de maire : apprentissages et découvertes
- il y a 2 jours
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Cela fait cinq mois que j’ai endossé le rôle de maire de Longueil-Sainte-Marie, un village de 1 950 habitants dans l'Oise. Sans expérience politique préalable, c’était pour moi un saut dans l’inconnu. Cependant, la formation Open Politics que j’avais suivie, ainsi que le soutien indéfectible de mon prédécesseur, Stanislas Barthélémy, m’ont permis d’aborder cette nouvelle aventure avec confiance. Aujourd’hui, après 5 mois en tant que maire, je fais une courte pause pour dresser un premier bilan : celui des apprentissages, des surprises, et des défis qui jalonnent ce mandat aussi exigeant que passionnant.
1. Accepter de ne pas tout savoir
Le plus grand défi, avant même de se lancer, est d’accepter l’idée de ne pas maîtriser aux premiers abords la complexité des dossiers sur lesquels on devra statuer. Il faut oser se dire : « Je ne sais pas, mais je vais apprendre». La charge de connaissances à assimiler en un temps record peut impressionner, voire décourager. Et c’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles les femmes hésitent davantage à postuler à ce type de fonctions : nous avons tendance à nous sentir moins légitimes que les hommes sur des postes que nous ne maîtrisons pas encore. Une étude récente sur la confiance en soi pour accomplir une tâche complexe (comme faire atterrir un avion) allait d’ailleurs dans ce sens.
Pour constituer ma liste, j’ai dû convaincre des femmes de rejoindre l’équipe, alors qu’elles doutaient de leur capacité à endosser ce rôle. Les hommes, eux, se posaient plus rarement la question. Me concernant, j’ai fait un choix : assumer mon ignorance, poser des questions sans rougir, et ne pas m’angoisser si je ne comprends pas tout du premier coup !
2. Le langage des acronymes : un nouveau dialecte à maîtriser
Je demande systématiquement à mes interlocuteurs d’expliquer les acronymes, et je note, je note, je note, des cahiers entiers de notes. PLUih, PPRI, MOA, AMO, OAP, DREAL, ABF, SCOT, DCE, CDG, DRAC, DUP, CLECT, DM, PCAET….bienvenue dans le monde des mots de 3 à 5 lettres, qui semblent tous se ressembler mais n’ont rien à voir ! Quand ils sont utilisés seuls dans une phrase, on peut en déduire la signification. Mais quand vous arrivez dans une réunion où l’on vous dit « Il faut modifier cette OAP, cela ne sera pas en conformité avec le nouveau PPRI, et le PLUih et le SCOT devront en tenir compte. »…..et bien, bon courage !
3. Les lourdeurs administratives : un parcours du combattant à dompter
On m’avait prévenue : la paperasse, c’est la croix et la bannière. Mais la réalité dépasse souvent l’imagination. Entre les démarches interminables, les contradictions entre administrations, et les procédures absurdes, il faut apprendre à questionner, à négocier, et parfois à contourner pour faire avancer les projets.
Prenons l’exemple de notre porte classée monument historique à Longueil-Sainte-Marie. Tous travaux dans un rayon de 500 mètres nécessitent l’avis des Architectes des Bâtiments de France (ABF). Résultat : des avis à rendre pour des changements de volets ou de portails, alors que ces éléments n’ont aucune visibilité sur la porte en question. Les ABF, débordés, passent un temps fou sur des dossiers mineurs, tandis que les municipalités finissent par passer outre certains avis quand ils sont sans covisibilité et qu’ils compliquent la vie des habitants. En discutant avec les ABF, j’ai découvert qu’il existait une procédure pour mettre en place un périmètre délimité des abords (PDA) pour réduire ce périmètre de 500 mètres lorsqu’il est sans covisibilité. Une piste à creuser pour éviter le gâchis, côté administration comme côté commune.
4. La participation citoyenne : un engagement à cultiver
L’une de nos promesses de campagne était de renforcer l’implication des habitants dans la vie du village. Pendant la campagne, l’engouement était palpable : plus de 100 personnes à nos réunions publiques, des messages, des idées… Dès notre prise de fonction, nous avons lancé des comités citoyens (remplaçant les commissions traditionnelles), ouverts à toutes et tous pour deux ans renouvelables. La participation a été timide : une vingtaine d’habitants répartis dans six comités. Mais c’est un début.
Trois constats après quelques mois :
Les élus ont besoin d’être accompagnés : animer des comités avec des non-élus n’est pas toujours naturel. Il faut rassurer, former, et montrer que cette ouverture est une richesse.
Les habitants manquent de confiance : beaucoup ne se sentent pas légitimes pour s’engager. Pourtant, sur certains comités spécifiques faisant l’objet d’une désignation, les personnes acceptent et s’épanouissent dans leur rôle. Et si on testait le tirage au sort pour élargir la participation ? C'est une piste à creuser.
La participation ne se limite pas aux comités : nous avons mis en place une page Facebook active (merci à mon adjointe Élodie !), un Petit Journal trimestriel avec des aspects interactifs et des portraits d’habitants, et des réunions publiques sont à venir sur des sujets clés, comme la sécurité routière. Nous avons aussi impliqué les jeunes du Conseil Municipal des Jeunes dans des décisions concrètes, comme le recrutement de notre policier municipal. Leurs questions, pertinentes et décalées, ont apporté un éclairage précieux.
5. Les commandes publiques : un levier pour changer le monde
L’argent public est un outil puissant. Dépenser local, c’est soutenir l’économie du village : fleurs chez la fleuriste du village, buffets chez le boulanger, cadeaux sous forme de bons à valoir chez les commerçants (massages, restaurants, séances photo…). Chaque euro dépensé en circuit court renforce la vitalité de notre commune.
Mais on peut aller plus loin. Dans mon milieu professionnel, je baigne dans l’Économie Sociale et Solidaire (ESS). Alors, j’ai décidé, lorsque c'est possible, d’orienter nos commandes publiques vers des structures engagées pour l’intérêt général (ce n’est que le début) :
Enercoop pour une étude sur l’autoconsommation collective photovoltaïque.
Terre de Liens (à venir !) pour développer l’agriculture bio et créer une réserve foncière.
Discussions à venir avec la Foncière Chenelet pour notre futur béguinage.
Adhésion au RTES et au réseau CLER pour nous inspirer et agir en cohérence avec nos valeurs.
Par nos dépenses, nous participons à construire le monde de demain.
6. L'adaptation au changement climatique : une urgence à prendre au sérieux (et on en est loin !)
L’été 2026 est déjà le plus chaud jamais enregistré. Chaque année, nous battons des records de température… qui deviendront les plus « frais » des années suivantes. Pourtant, nous ne sommes pas prêts. Sur le confort d'été par exemple, le contraste est frappant : le Flunch du coin est climatisé, tout comme le Leroy Merlin ou le cinéma, mais pas nos écoles.
Pire : les nouveaux bâtiments ne sont pas adaptés. Les architectes, peu formés à ces enjeux, privilégient encore l’esthétique au confort thermique. Résultat ? Des « bouilloires » inutilisables l’été. Exemple concret : notre future médiathèque. En mars dernier, l’architecte m’assurait que le confort d’été était pris en compte. En juillet, j’ai visité une médiathèque flambant neuve, conçue par le même cabinet : 33°C à l’intérieur, irrespirable. Ils ont dû fermer l’après-midi. En me replongeant dans l’étude thermique de notre projet, j’ai découvert que les hypothèses se basaient sur… la moyenne des températures des 30 dernières années, avec un maximum à 32,5°C. Or, cet été, 32,5°C était souvent la température la plus fraîche de la journée. En conséquence, nous allons procéder à une reprise des plans, avec un surcoût et 4 à 6 mois de retard des travaux. Cet exemple est un parmi d’autres, nous avons une inadaptation généralisée : végétalisation des cours d’école, résilience agricole, gestion de l’eau, prévention des incendies… Les communes sont en première ligne, il faut agir vite, et avec détermination.
7. L’intercommunalité : un échelon clé à investir
Devenir maire, c’est aussi découvrir l’intercommunalité, avec sa complexité et ses enjeux. Élue Vice-Présidente à la transition écologique de la Communauté de Communes de la Plaine d’Estrées, je gère notamment les questions liées aux déchets, à l’économie circulaire, l’énergie, et je dois articuler ces sujets avec ceux de l’eau, de l’agriculture, ou de la communication.
L’intercommunalité, c’est la politique à l’échelle des bassins de vie : 19 communes dans notre cas, chacune avec ses sensibilités, ses intérêts, ses contraintes. Il faut comprendre les enjeux locaux, tisser des alliances, et peser dans les décisions. C’est chronophage, mais indispensable. J’ai la chance d’évoluer dans une intercommunalité bienveillante, avec unE présidentE (seulement 14,6 % des EPCI sont dirigés par des femmes, ca vaut le coup de mettre un E en majuscule !) compétente et investie, un DGS efficace et enthousiaste, et des vice-présidents impliqués. Une ambiance sereine et productive… qu’il faudra préserver.
8. Mille casquettes par jour
Un aspect aussi passionnant qu’épuisant du rôle de maire d’un village c’est qu’il faut endosser mille casquettes différentes. On peut, dans la même journée, devoir gérer des négociations concernant des travaux sur la commune, rassurer les habitants et se tenir aux côtés des pompiers lors d’un accident de la route, attendre les pompes funèbres avec le ou la proche d’une personne décédée chez elle, faire de la médiation entre des voisins qui ne s’entendent plus, écouter et accompagner un habitant qui rencontre des difficultés financières/de logement et a besoin d’aide, gérer des chatons qui ont été déposés en mairie et dont personne ne sait que faire, répondre aux plaintes des habitants, recevoir des agents de la commune pour des soucis dans leur travail, se rendre entre tout cela à la communauté de commune pour une réunion sur le futur Plan Local d’Urbanisme intercommunal, rentrer en mairie et lire et signer une trentaine de documents en tous genres, et terminer par un conseil municipal ou une réunion d’adjoints !
Si on ajoute à cela le fait que je travaille à mi-temps sur un emploi tout aussi exigeant, les journées sont bien remplies ! Je ne dirais pas encore que j’ai trouvé un équilibre vie perso/travail, car ce n’est pas le cas, mais il y a déjà des progrès depuis la prise de fonction en mars. J’apprends à dire non à des réunions, à bloquer des plages pour ma famille, et à limiter au maximum le travail les week-ends. Une des sources de frustration pour le moment est le trop peu de temps que j'ai à accorder aux sujets de fond, de long terme, ambitieux et déterminants.
9. La solidarité entre maires / élus : une ressource inestimable
La solidarité entre élus est exceptionnelle. Peu après mon élection, j’ai publié un post LinkedIn pour demander des conseils. Les réponses ont été très nombreuses : maires, élus, agents territoriaux, dirigeants associatifs… Tous prêts à partager leur expérience, et je remercie ici les dizaines de personnes qui m'ont accordées de leur temps, partagé des ressources, ouvert leur réseau. Les ressources de l’ANCT, de la Banque des Territoires, ou d’initiatives comme France Territoriale sont précieuses pour trouver des outils et s’inspirer de projets menés ailleurs. Pourquoi réinventer la roue ? Autant bénéficier des retours d’expérience de ceux qui ont déjà essuyé les plâtres.
10. Patience et détermination : le duo gagnant
Le plus grand défi de ce mandat pour moi est d'accepter que les choses prennent du temps, sans pour autant baisser les bras. Il faut trouver l’équilibre entre patience et détermination, pour réaliser des projets ambitieux sans épuiser les équipes.
Prenons l’exemple de la maison médicale. Engagement de campagne, ce projet est crucial face à la pénurie de médecins que nous avons sur notre territoire. L’équipe sortante travaillait déjà sur l’achat de terrains pour y construire la maison médicale, un béguinage, et des logements familiaux (on a aussi un soucis démographique comme beaucoup de villages en France, mais ce sera l'objet d'un autre post !). En mars, j’ai repris le dossier, relancé les propriétaires, fixé un ultimatum pour septembre. Problème : la moitié des propriétaires sont introuvables. Un généalogiste a été missionné, mais son travail est bloqué… car les archives de Beauvais sont en cours de numérisation, sans date de réouverture (?!?). Au delà de ce soucis d'archives, si on ne trouve pas d’accord avec les propriétaires, il faudra lancer une Déclaration d’Utilité Publique (3 à 5 ans de procédure). Si on parvient à éviter la DUP, il faudra quand même attendre le nouveau PLUi et le SCOT, prévus au mieux pour janvier 2028. Résultat : la maison médicale ne verra le jour qu’en 2029… ou plus probablement 2030-2031. D’ici là, on aura le temps de faire bien des allers-retours aux urgences pour une conjonctivite.
J’ai du coup tendance à lancer tous les projets en même temps (pour anticiper que chacun prenne du temps), mais lorsque je fais cela, ce sont les agents et élus que j’épuise ou j’inquiète. Or, prendre soin de mes élus et agents doit rester une grande priorité, ils sont essentiels pour la commune (et j'ai une super équipe d'élus, une DGS de folie, et de très bons agents, donc la priorité est de garder tout le monde heureux dans son rôle !). Il faut trouver une ligne de crête qui n’est pas toujours simple !
Ce premier mini bilan est celui d’un mandat passionnant, exigeant, envahissant, réjouissant, où une chose est sûre : on ne s’ennuie pas !
Dans un monde où l'adaptation au changement climatique et la limitation de son ampleur (pour laquelle une transition juste est nécessaire) sont des enjeux majeurs, les communes sont en première ligne. Elles peuvent anticiper, protéger, construire un avenir serein pour les générations futures. Je suis fière de contribuer, à ma petite échelle, à cette belle aventure. Et je vous tiendrai informés des prochaines étapes !


